Pour moi, Bardejov, ce n’est pas qu’une jolie place. J’ai consacré une journée à la ville. Avec une guide, j’ai découvert les histoires de ses maisons, le banc du bourreau dans la basilique, le bastion de l’École (Školská bašta) et le faubourg juif, le suburbium. Si vous avez plus de temps, combinez la visite avec la station thermale de Bardejov (Bardejovské Kúpele), où j’ai passé deux jours.
- Combien de temps
- une journée suffit pour la ville ; j’ai consacré deux jours à la station thermale de Bardejov, à six kilomètres, et un à la ville
- Comment je suis venu
- en avion de Bratislava à Košice, voiture louée à l’aéroport, puis une heure vingt de route jusqu’à Bardejov
- Ça vaut le coup
- une guide ; sans elle, je serais passé à côté de toutes les histoires de la ville
- L’astuce de la place
- comptez les fenêtres des façades, trois pour un bourgeois, quatre pour un noble, cinq pour le presbytère
- Le garçon de pierre
- sur le portail de l’hôtel de ville ; je ne l’ai trouvé qu’au troisième essai, il faut reculer de quelques pas
- Mon endroit préféré
- la ruelle John Lennon et sa maison du rock ; quand le propriétaire est là, il vous laisse entrer
Sommaire5 chapitresMasquerAfficher
- 01Comment aller à Bardejov : infos pratiques
- 02Que voir à Bardejov selon Milan Bez Mapy
- Les maisons de la place de Bardejov se lisent à leurs fenêtres
- Le garçon de pierre de Bardejov, que presque personne ne trouve
- Dans la basilique, le bourreau a son propre banc et sa propre porte
- Depuis la tour, on voit la colline du gibet
- Le bastion de l’École et une salle de classe de 1962
- La ruelle John Lennon
- 03La synagogue du suburbium, le mémorial de l’Holocauste et les Juifs de Bardejov
- 04La mélodie que vous connaissez s’appelle Souvenir de Bardejov
- 05Que voir à la station thermale de Bardejov pendant votre visite
Que voir à Bardejov ? Je commence par une mélodie que vous connaissez, même sans le savoir. La Danse hongroise n° 5 de Brahms, ce morceau de violon endiablé qu’on entend dans la publicité et au cinéma. Brahms croyait reprendre un air populaire. En réalité, c’était l’œuvre d’un compositeur bien vivant, natif de cette ville, et elle s’appelle Souvenir de Bardejov. J’y reviendrai, car l’histoire a une fin savoureuse.
J’ai passé une journée ici et je m’attendais à une jolie place. J’ai trouvé une ville pleine d’anecdotes que personne ne m’aurait racontées si je n’avais pas eu quelqu’un à qui poser mes questions. Voici celles qui me sont restées en tête.
Comment aller à Bardejov : infos pratiques
Je suis arrivé à Bardejov depuis la station thermale où je séjournais, à six kilomètres seulement. Mais au départ, j’avais pris l’avion de Bratislava à Košice et loué une voiture directement à l’aéroport. Le trajet vers le nord-est m’a pris une heure vingt.
J’ai réservé une journée entière à la ville et j’ai fait la visite avec une guide. C’est la seule chose de tout le voyage que je recommanderais même si personne ne me payait pour le dire. On fait le tour de la place en vingt minutes. Mais sans guide, je serais passé devant tout ce que raconte cet article sans rien remarquer.
Que voir à Bardejov selon Milan Bez Mapy
Les maisons de la place de Bardejov se lisent à leurs fenêtres
La place est bordée de 46 maisons bourgeoises et, depuis, aucune ne s’est ajoutée, aucune n’a disparu. J’ai appris ici une astuce que j’utilise depuis dans d’autres villes.
Comptez les fenêtres de la façade. Un bourgeois en avait trois, un noble quatre, le presbytère cinq. Vous longez la rangée de maisons, vous comptez les fenêtres, et en réalité vous lisez qui était le plus riche ici il y a cinq siècles.


Autre chose qui ne m’est pas sortie de la tête. Les pavés sur lesquels vous marchez ne sont pas d’origine. Ceux d’origine sont à environ soixante-dix centimètres sous vos pieds. La ville a brûlé plusieurs fois et les décombres n’ont jamais été évacués : on les étalait et on reconstruisait par-dessus. C’est pour ça qu’avec le temps, certaines maisons ont perdu leurs soupiraux de cave.
Le garçon de pierre de Bardejov, que presque personne ne trouve
Sur le portail Renaissance de l’hôtel de ville, il y a une petite statue de pierre : un garçon, la tête entre les jambes, qui montre ses fesses aux maisons bourgeoises. Il serait apparu du jour au lendemain. C’est un tailleur de pierre qui l’a placé là, parce qu’on ne l’avait pas payé autant que promis. Au fil des siècles, la ville a perdu bien des choses, mais personne n’a jamais enlevé le garçon.
- L’astuce de Milan Je ne l’ai trouvé qu’à la troisième tentative et j’ai dû reculer de quelques pas. De près, vous ne le verrez pas.
Lors de la restauration de l’hôtel de ville, on a d’ailleurs découvert que quelqu’un s’y était autrefois sérieusement ennuyé. Sur un mur, on a trouvé des dessins qu’on qualifie aujourd’hui d’érotiques. Une femme nue et des perroquets, dans une position qui ne laisse guère de doute. Bref, zizi panpan.
L’hôtel de ville abrite aujourd’hui l’exposition du musée de Šariš (Šarišské múzeum) sur l’histoire de Bardejov. Elle est ouverte du mardi au dimanche. D’octobre à avril, de 8 h 30 à 12 h et de 12 h 30 à 16 h ; de mai à septembre, de 9 h à 12 h et de 12 h 30 à 17 h. L’entrée coûte 6 € pour les adultes, 3 € pour les étudiants et les retraités et 2,50 € pour les enfants de 6 à 15 ans (tarifs 2026).

Dans la basilique, le bourreau a son propre banc et sa propre porte
La basilique Saint-Gilles (Bazilika svätého Egídia) regorge d’autels, mais ce qui m’a le plus marqué, c’est un simple banc en bois. C’est le banc du bourreau. Quand il y était assis, les fidèles de la nef principale ne le voyaient pas. Et juste derrière, il y a une porte faite exprès pour lui, pour qu’il n’ait pas à passer par l’entrée principale comme tout le monde.
Et pourtant, c’était l’homme le mieux payé de la ville. La ville avait besoin de lui : il exécutait les peines capitales, évacuait les bêtes malades et nettoyait les rues pendant les épidémies. En même temps, il avait sa propre table à l’auberge et n’avait pas le droit d’emprunter certaines rues. Dehors, il devait porter une cagoule, et il ne pouvait en pratique épouser que quelqu’un d’une autre famille de bourreaux. La charge était héréditaire.
Pour moi, ce banc est l’objet le plus honnête de la ville. La ville payait un homme pour faire le sale boulot, puis lui a construit une entrée à part pour ne pas avoir à le regarder pendant la prière. Deux autres choses à chercher sur place. Pendant le covid, on a restauré l’ancienne porte d’entrée. En mesurant le bois, les restaurateurs ont vu que quelque chose ne collait pas. Sous la porte, ils ont trouvé une autre porte dont personne ne soupçonnait l’existence.
Et au XIXe siècle, on a confié la réparation d’un vieux tableau à un piètre restaurateur. Le personnage du bord a des moignons à la place des mains, les jambes tordues, et Jésus est étonnamment bien en chair. Le tableau a perdu sa valeur historique, mais on l’a laissé accroché, et je trouve ça plus sympathique que de le cacher.


Depuis la tour, on voit la colline du gibet
Je suis monté à la tour par un escalier étroit à sens unique, avec une règle simple : celui qui monte a la priorité. D’en haut, on voit tout le plan de la ville et, sur la colline d’en face, une double croix. C’est Šibeňa hora, la colline du gibet : c’est là que se dressait la potence. Le bourreau avait donc son banc en bas, dans l’église, et son travail là-haut. De l’un, on voit l’autre.



Le bastion de l’École et une salle de classe de 1962
Les remparts de Bardejov comptent parmi les mieux conservés de Slovaquie, et chaque bastion était autrefois entretenu par une corporation. J’ai pu entrer dans l’un d’eux grâce à un homme qui l’a pris en charge pendant le covid et l’a nettoyé. Mais l’exposition à l’intérieur ne parle pas du Moyen Âge. Elle parle de 1962, l’année de la dernière rénovation du bastion. Il y a là une salle de classe des années soixante entièrement meublée : pupitres, cartes, manuels. Une grande partie de ces objets a été donnée par des habitants ou retrouvée près des poubelles.
Ça m’a plu plus que je ne l’imaginais. Une ville médiévale, je peux me la représenter grâce aux films. À quoi ressemblait une salle de classe à l’époque communiste, de moins en moins de gens s’en souviennent.


La ruelle John Lennon
Je ne m’y attendais pas, et c’est mon endroit préféré en ville. Un homme a consacré une grande partie de sa vie à la mémoire de John Lennon. Sur sa maison, il y a la partition de Give Peace a Chance, et sur la clôture, des panneaux avec des noms de groupes. Au bord du chemin, des pierres portent les noms des musiciens et les années de création et de séparation des groupes. Aujourd’hui, on parle plutôt de la maison du rock, et la ruelle d’à côté s’appelle la ruelle John Lennon (Ulička Johna Lennona). C’est peut-être bien la rue la plus courte de Slovaquie : en gros, deux maisons.
Ce n’est pas un musée officiel. Quand le propriétaire est chez lui, il laisse entrer les visiteurs, alors vérifiez avant de venir que vous pourrez entrer. Une ville estampillée UNESCO, une place médiévale, et ce qui m’a fait le plus plaisir, c’est l’obsession de toute une vie d’un seul type.
La synagogue du suburbium, le mémorial de l’Holocauste et les Juifs de Bardejov
Des places historiques, il y en a beaucoup dans le monde. Lors de l’inscription de Bardejov au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2000, c’est autre chose qui a beaucoup pesé : un ensemble préservé de bâtiments juifs en bordure du centre historique. Tout ce dont la communauté avait besoin y est réuni.
Cette communauté représentait plus d’un tiers des habitants de la ville. Plus de 3 700 personnes ont été déportées, et aujourd’hui, plus un seul Juif ne vit à Bardejov. Pourtant, au centre, il reste une maison de prière conservée autrement que la plupart des bâtiments semblables d’Europe centrale. Pas parce que quelqu’un la protégeait. Après les déportations, une femme s’est chargée de la clé et a occulté les fenêtres pour que le bâtiment n’attire pas l’attention.
Près du suburbium se dresse un mémorial de l’Holocauste. On le doit à un homme né à Bardejov, qui a survécu à la déportation, a aujourd’hui plus de quatre-vingt-dix ans et revient toujours ici. Les plaques de marbre portent les noms des déportés. Pas seulement par ordre alphabétique. Les familles sont regroupées : le père, la mère, puis les enfants par âge. En longeant les plaques et en lisant les années de naissance, vous trouvez parmi les noms des enfants de trois ans. Aucune de ces personnes ne partait travailler, et en ville, on le savait. La dernière plaque est volontairement vide. Des noms s’ajoutent encore.

À côté, il y a la plaque des Justes : les noms de ceux qui ont caché leurs voisins tout en sachant que cela pouvait leur coûter la vie. Ma guide m’a dit une phrase qui résume tout cet article : les chiffres officiels, vous les trouverez sur Google, mais Bardejov, ce sont des histoires de familles. Les anciens d’ici s’en souviennent encore. L’une d’elles m’est restée en tête :
« Quand on emmenait la colonne, un petit garçon de l’une de ces familles poussait une trottinette. Un garçon qui se tenait sur le trottoir lui a demandé s’il voulait bien la lui prêter. Il ne voulait pas la lui donner. Son père lui a dit de la lui donner, qu’ils n’en auraient plus besoin. »

La mélodie que vous connaissez s’appelle Souvenir de Bardejov
Et maintenant, la fin promise de l’histoire du début. Béla Kéler est né à Bardejov en 1820 et composait des danses jouées dans toute l’Europe. Il a intitulé l’un de ses morceaux Bártfai emlék, c’est-à-dire Souvenir de Bardejov.
Brahms a pris cette mélodie comme base de sa Danse hongroise n° 5, persuadé que c’était un air populaire. Quand Kéler a protesté, Brahms lui a répondu, en substance, qu’un compositeur ne peut pas recevoir de plus beau compliment que d’entendre des villageois chanter sa mélodie comme si c’était la leur. Au passage, on dit parfois en ville que Kéler est mort chez lui, à Bardejov. Non : il est mort à Wiesbaden, en Allemagne. Bref, l’une des mélodies les plus jouées de la musique classique porte dans son titre original le nom de cette ville. Et presque personne ne le sait.
Que voir à la station thermale de Bardejov pendant votre visite
À six kilomètres de la ville, il y a la station thermale de Bardejov, où j’ai logé. Huit sources minérales sous une colonnade couverte, le plus ancien musée en plein air de Slovaquie et des tours d’observation dans les environs. J’ai réparti mon temps ainsi : deux jours pour la station thermale, un pour la ville. J’en parle dans un article à part : que voir à la station thermale de Bardejov.
Bon voyage !
*Cet article a été réalisé en collaboration avec le ministère du Tourisme et du Sport de la République slovaque et l’office de tourisme régional Šariš Bardejov.





